Fils de...

«Fils de...»

 


Le pré-nom, ce qui vient avant le nom... ce qui est avant, ce qui sert à devenir mais qui n'est pas encore. Le prénom n'a pour but que de différencier les individus d'une même famille. Et encore, dans certaines, le fils prend celui du père, qui le tenait de son grand-père etc. Aux Etats-Unis la pratique est tellement répandue que l'on rajoute Jr après, junior. L'enfant n'est plus que la reproduction imparfaite de son père, on trace à son insu sa future vie, il devra faire aussi bien si ce n'est mieux que ses prédécesseurs, mais il ne sera en définitive que la pâle copie. Le prénom et le nom ne changeant pas, seul l'être de chair porte ses propres traits. Peut-on dans ces conditions réaliser sa propre individuation, se réaliser soi-même, avoir son caractère, sa propre existence ? Le Jr vient nous rappeler qu'il n'est pas lui, mais le fils de son père avant toute chose. C'est peut être excellent dans le souhait d'une conservation d'une société patriarcale où le mythe du meurtre du père fait encore frémir. Chaque chose à sa place, le père tout puissant où le fils siégera lorsque celui-ci ne sera plus. Où suis-je, qui suis-je finalement ?

 

 

 


Les noms du Père («les non-dupes errent» chez Lacan), sont aussi usités dans certaines familles françaises. Où le fils prend le prénom du grand-père ou il prend celui du père. Pascal prénomme son fils pascal, ou la femme de Pascal prénomme son fils Pascal (j'entends pas là l'adulte qui a eu le «dernier mot» dans le choix du prénom de l'enfant). Les deux cas sont ici intéressant à développer. Dans le premier le père veut de son fils ce qu'il n'a pas été ou n'a pas pu être, un brouillon puis une réalisation idéale.

 

 

 


Exemple intéressant, un couple dont le père se prénommait Thierry eut pour idée de prénommer leur enfant Derrick, le prénom était peu courant (l'inspecteur n'ayant fait son apparition que bien après) et il plaisait. Ce n'est que des années plus tard, «par hasard», que ce couple s'aperçut que Derrick était un prénom directement dérivé de Thierry. Nous en revenons à cette part consciente et inconsciente dans le choix du prénom, part non négligeable qui prend ou ne prend sens qu'en fonction des événements ou d'une recherche particulière de l'individu sur lui-même, celle là même que ce livre aimerait vous faire entreprendre.

 

 

 


Dans certaines sociétés arabes, cela va encore plus loin puisque le prénom comporte la mention «fils de...» (Ben ...) au détriment du nom. Le sujet n'est que par ce que son père a été, ce qui littéralement est fondé mais il s'agit plus d'une subdivision en actes. Le sujet est le fruit d'un des actes de son père, celui-ci agit, il existe par ses actes, le fils en est le prolongement, la résultante des siens sera en fait le prolongement de ceux de son père inachevés et non les siens réellement. Voilà un bon moyen d'accéder à l'éternité. Si «l'existence précède l'essence» (Sartre), le «fils de», le Jr ne possédera jamais la sienne propre, son existence ne lui appartenant pas. Quant au fils du fils de, qu'en est-il pour lui ? On reste bien évidemment dans une tradition de père tout puissant, que l'on retrouve dans la bible avec les enfants de Dieu le Père. Dieu étant en chacun de nous, nous sommes tous ses enfants donc en prolongement nous sommes tous frères et soeurs. Mes parents sont donc aussi mon frère et ma soeur comme mes enfants le sont aussi, on baigne dans l'inceste ! Tout un problème est posé là, à savoir le danger d'un immobilisme de la pensée ou un contraire un moteur d'avancé pour l'esprit.