Le mensonge

Le mensonge

Pour tous, le mensonge est une affirmation contraire à la vérité, faite avec l’intention de tromper. Cette capacité à mentir est souvent prise et comprise comme un vil défaut. On sait ce qu’est finalement le mensonge, tout le monde y a eu recours un jour ou l’autre, par besoin, nécessité ou simplement pour ne pas “avouer” une vérité. Il y a également le mensonge par omission, le petit mensonge ou le gros mensonge. D’acoutumée, une distinction est faite, il n’y a pas un mensonge mais des mensonges classés dans différentes catégories, avec différents degrés d’acceptation. Cet ouvrage tente de démontrer qu’il n’y a pas une vérité mais des vérités, qu’il n’y a pas une réalité mais des réalités. Tout est question de perception. Ce qui sera vrai pour moi ne le sera pas forcément pour autrui. Ce que je perçois, ma façon de ressentir et de vivre les choses ne sera pas vécu de la même manière par quelqu’un d’autre. Il en va de même pour le mensonge. Nous verrons qu’il perception décalée de la réalité. Le mensonge est un moyen de communication comme un autre, un discours à un autre degré. Lorsque le dialogue ne peut se faire au premier degré, c’est à dire en relatant un fait par une réalité et vérité communes à tous, il est déplacé vers un autre moyen d’expression. Que ce soit vis à vis de soi-même : on peut se mentir, ou vis à vis des autres : on ment aux autres. Le mensonge ne doit pas être forcément pourchassé et combattu. Il se doit avant tout d’être entendu puis expliqué. Et cela commence dès le plus jeune âge...

 

 

Déja tout petit...

Si vous êtes parents, vous avez pu constater chez votre enfant, dans ses premières années, un “passage”, une période pendant laquelle votre fils ou votre fille se mettait a beaucoup mentir. La première réaction est de le gronder voire de le punir, de lui dire “ce n’est pas bien de mentir”. Quelques fois les parents expliquent pourquoi “ce n’est pas bien de mentir”, mais cela ne va guère plus loin. Or le mensonge chez l’enfant est tout à fait normal. Il s’agit d’une phase de sa construction. D’ailleurs lorsqu’un enfant de 4 ans ment, son attitude est facilement décelable, la différenciation entre réalité et mensonge est assez facile à faire, comme si le mensonge n’était pas “élaboré”. L’enfant raconte ce qu’il a fait, ce qu’il a vu soit en l’éxagérant soit en l’inventant purement et simplement. L’enfant dans la construction de son “moi” prend dans son environnement, il s’identifie au père, à la mère mais aussi à des animaux, des choses. La part de l’imaginaire, du symbole est très importante également. L’impact du conte de fée, des histoires qu’on lui raconte, ont également leur part. L’enfant parce qu’il ne sait pas encore faire la différence entre la réalité et l’imaginaire mêle régulièrement ces deux univers entre eux. Il projète son désir d’être avec ce qu’il est. Je pense qu’il faut vraiment prendre cette période comme quelque chose de positif, de constructif avec bien sûr des limites. Le mensonge de l’enfant dans cette période est naturel lorsqu’il intègre l’imaginaire au réel. Ensuite celui-ci évolue, il est réalité déformée. Ce n’est plus un embellissement de la vérité mais une négation de la vérite. Lorsqu’il est utilisé comme moyen de défense par exemple, il fait une bêtise puis la nie. Mais cette possibilité à nier lui a été donné par son environnement, il ne peut l’inventer seul. La peur va peut être le pousser à mentir. Souvent d’ailleurs le mensonge ne résoud rien parce qu’il est mensonge d’enfant, il n’est pas encore assez “grand” pour “savoir mentir”.

 

Le mensonge : médium de communication

Le mensonge exprime une vérité qui ne peut être formulée autrement que par ce biais pour de multiples raisons. Pour l’enfant qui a fait une bêtise, la peur d’être puni peut déclencher le mensonge. Il exprime alors deux vérités, deux réalités : la première est un aveu indirect de sa faute, la deuxième est la peur des conséquences de celle-ci. Le parent lui va prendre le mensonge au premier degré comme une négation de la vérité et va donc justifier sa peur : la punition qui dans ces cas là devient double : la bêtise et le mensonge. Il y a en fait toute une éducation à faire autour du mensonge ou plutôt tout un discours à mettre en place. Le mensonge peut permettre un élargissement de la communication, comme nous l’avons vu, il permet d’exprimer plusieurs réalités en même temps. Il s’agit de commencer cet apprentissage dès le plus jeune âge, car vous savez que le mensonge évolue, qu’il peut devenir dans certains cas un “art” voire une arme. Justement sommes-nous bien armés face au mensonge ? Vous me direz qu’il est facile d’entendre ce qu’exprime réellement un mensonge lorsqu’il est perceptible. Mais lorsqu’on ne sait pas que celui qui s’adresse à nous, ment, comment fait-on ? Est-ce réellement important ? Le menteur de tous les jours, a besoin d’un auditoire. Je pense qu’il faut être deux pour qu’il y ait mensonge. Un pour mentir, un pour entendre le mensonge, y croire, se laisser “berner”. Le menteur va utiliser cette “naiveté” naturelle de l’autre pour faire passer son message.

 

Détecter le mensonge ?

Parce que le mensonge est facilement décelable, identifiable... S’il est pris comme une vérité, ce que l’autre avait besoin de l’entendre comme telle. Au besoin il existe quelques techniques pour détecter le mensonge dans un discours, mais est-ce bien nécessaire ? Je vous en donne un : les mouvements occulaires. Tout ce qui est dit est généralement pensé auparavant, surtout lorsqu’il s’agit du mensonge parce que “énergétiquement”, il consomme beaucoup plus que le simple fait de relater une vérité simple. Le mensonge doit d’abord prendre en considération la vérité que l’on doit masquer ou modifier, puis il y a construction de l’esprit, modification de cette réalité, “enrobage” par exemple. La PNL (programmation neur-linguistique) a mis en évidence que lorsque il y avait contruction phrasée de l’esprit, création d’une nouvelle réalité, les yeux partaient automatiquement sur le côté gauche ou droit selon qu’on soit droitier ou gaucher. Un “petit truc” parmi d’autres...

 

Quelle est la névrose du menteur ?

Pourquoi le mensonge ? Pourquoi quelqu’un est-il amené à mentir ? C’est dans l’écoute de son mensonge que l’on entend et comprend ce que la personne dit réellement. Le mensonge répond bien sûr à une névrose, et si le mot peut choquer certains, nous dirons qu’il répond à un besoin. Il existe, nous l’avons vu, différents types de mensonge mais finalement ils retraduisent tous une “image de soi” (voir le chapître “moi et mon image”). Il y a la perception que l’on voudrait que les autres aient de nous : un moi “meilleur”, différent d’une certaine réalité, un moi “idéal”... Mais ce désir de vouloir être perçu différemment traduit en fait la non-acceptation de certains éléments de soi. Il répond à des traumatismes de la petite enfance et bien souvent est le reflet d’une idée de perception de son père ou de sa mère. Le menteur a une problématique à l’un des parents. Il n’est pas à ses propres yeux (et non pas forcément aux yeux de ses parents) comme il aurait voulu être. Il y a un sentiment de déception, on perçoit justement ou injustement que l’on est pas à l’image d’un moi idéal symbolisé par ses propres parents. Ce sentiment de ne pas être véritablement soi ou celui que l’on aurait dû être va pousser à créer un deuxième moi, une des composantes de la schizophrénie. D’ailleurs le mensonge peut mener dans certains extrêmes des aspects pathologiques de la mythomanie. Et nous en revenons une fois de plus à l’expression de la pulsion. Le mensonge est une projection de soi au travers d’un dire, une forme codée d’expression de l’inconscient au même titre que le lapsus. Il est l’expression d’un manque.

 

Apprendre à entendre le mensonge

Il suffirait de se rééduquer, de réapprendre à communiquer pour que l’autre puisse entendre ce qui est exprimé dans le mensonge. Les relations avec autrui s’en trouveraient améliorées. Le mensonge n’est pas la négation d’une vérité mais l’expression de nombreuses réalités propres à soi. Il faut aller au-delà des mots, au-delà du sens premier. Le mensonge n’existe que parce qu’il y a des gens qui sont prêts à croire au mensonge, à transformer ce qui est mensonge en réalité. Si chacun entendait le mensonge, le menteur n’aurait plus besoin d’utiliser ce mode de communication et pourrait enfin exprimer ses réalités l’une après l’autre et non plus confondues en une seule. Un objectif qui malheureusement me semble loin d’être atteint parce qu’il pose la question : pourquoi j’accepte que l’on me mente ? Il ne faut pas oublier que le menteur a besoin de quelqu’un pour le croire. Si tel n’est pas le cas, celui-ci n’a plus de raison d’être. On fustige le menteur, est-ce véritablement sur lui qu’il faut s’interroger ?