Le prénom in vitro

L'instant du choix

 

 

 

Issu en prime abord du monde féerique des contes et légendes qui l'entoure puis de son environnement du plus éloigné au plus proche, il se retrouvera zorro ou zora la rousse. Et nous laisserons de côté tout l'aspect oedipien que d'autres ont bien mieux traité. Imaginer adulte le prénom d'un enfant revient à terminer, à clore symboliquement certains jeux de l'enfance inachevé, à laisser derrière soi ce qui a pu ne pas être résolu.

 

 

 


Beaucoup de parents, après ou sans réflexion, décide de «faire» un enfant. On y pense comme à un projet, à quelque chose que l'on construit pierre après pierre, on s'interroge sur le bien fondé du moment, la situation financière (question des temps modernes qu'on ne se posait pas il n'y a pas si longtemps que cela). Certains vont même jusqu'à s'interroger sur leur maturité.

 

 

 


Pendant la grossesse, avant de savoir le sexe, on se construit une image de l'enfant grandissant à l'intérieur de soi, ce n'est pas encore un garçon, une fille, mais une partie de soi qui se développe à l'intérieur de la femme, le besoin de nommer se fait alors ressentir, non par des prénoms mais par des mots synonymes de l'émerveillement ou de l'angoisse qu'un nouveau venu engendre dans le couple. Vient la période de la supposition, c'est la plus propice à nombres de prénoms, tout le vécu de la personne resurgit alors. Si c'est une fille je l'appellerais Nathalie, Patricia, ou Angélique, la personne n'est pas encore fixé, et si c'est un garçon, même procédé. Une manière d'évacuer une forme d'angoisse latente en soi, il devient un tout dans un rien, un effet de l'imaginaire et du rêve qui prend essence au fur et à mesure du ventre s'arrondissant et de la perception de plus en plus visible et physique de la mère qui sent bien que cela bouge à l'intérieur. Image inconsciente peut être de son propre corps, un vécu ancien, une projection de soi dans ces instants là. La fille devient mère, réalise et se réalise.

 

 

 


Puis vient la ènième échographie celle qui peut donner sans réserve le sexe de l'enfant. D'ailleurs il est intéressant de constater la réticence des gynécologues à ne pas donner leur impression tant qu'ils ne sont pas sûrs pour le sexe de l'enfant, «on ne voit pas bien... On sera peut être fixé le mois prochain...» Comme si l'erreur de «diagnostique» sur l'identité sexuelle de l'enfant pouvait avoir des conséquences fâcheuses, de fausses joies ou de vraies peines vis à vis des parents. Lorsque la certitude est là se pose la terrible question, car il devient urgent de donner un prénom, ce n'est plus un foetus, un embryon, une bébète qui pousse à l'intérieur de soi mais d'un garçon ou d'une fille.

«Il ne peut pas rester sans nom», l'Etat l'exige pour pouvoir le dénombrer et le classer dans ses fiches, les parents dans cette nécessité de ne pas chosifier et l'entourage dans ce besoin de reconnaissance. Mais l'enfant lui à la naissance ne demande rien, il ne demande qu'amour et nourriture pour désirer vivre.