Danger "hors nomme"

Danger hors nomme

 

 


«Il avait un prénom maintenant il s'est fait un nom». A l'inverse ici, on suppose que le pré-nom est l'acquisition inné de tous, choisi par ses pairs, que les actes seuls le personnaliseront. On sort du contexte familial, du Nom comme représentant d'une «tribu», comme si le nom n'apparaissait que tardivement. D'ailleurs dans notre éducation, l'enfant reconnaît très tôt son prénom, ce n'est qu'à l'âge de parler qu'on lui apprend son nom, vers 3 ans. On lui donne son nom au moment seulement où il est capable de le répéter. Ce qui correspond en général à la période de première scolarisation. On lui apprend son nom, non pour lui mais pour se différencier des autres. Dans notre expression «sociale» de tout à l'heure, c'est à lui de le construire, de lui donner un sens. Dans cet esprit là, on en parle que si l'individu a réussi, en général professionnellement. A supposer donc, à l'opposé, qu'une non-réussite ne permet pas cette acquisition. Celui qui ne fait rien ne sera pas nommé, juste pré-nommé, infantilisé en définitive.

 

 

 


Dans l'armée, on faisait de vous des hommes, et ces derniers sont dépossédés de leurs prénoms, chaque individu est appelé par son nom : Dupont au rapport, qu'avez vous fait ce we Durand ?... Est-ce lié à l'étendue plus grande des différents et à la relative exhaustivité des prénoms, afin de ne pas confondre deux individus entre eux ? Possible mais dans ce cas pourquoi ne pas utiliser le prénom et le nom ? Gain de temps ? Il est curieux d'ailleurs de constater que le non gradé sera appelé par son nom mais qu'il n'a pas le droit de nommer son supérieur qu'autrement que par son grade. Les gradés similaires se nommeront entre eux. Monter en grade c'est être nominé au tableau, plus on est nommé et plus on perd son nom, le prénom lui ayant disparut dès l'engagement. Quant il s'agit de préciser un individu, on utilise alors son grade suivi de son nom : Capitaine Dupond, grade comme substitut du prénom au sein d'une hiérarchie. Substituts qui deviennent très restreint, les grades n'étant pas très nombreux. On retrouve ici le déplacement d'un manque lié à la famille, lié encore au «nom du père».

Qu'est ce qui pousse un homme à s'engager dans l'armée, à porter l'uniforme ? Et qu'est ce qui le différencie de celui qui vole, se drogue... ? La comparaison n'est pas fortuite, on retrouve chez beaucoup de ces hommes des enfants où la mère était omniprésente ou bien le père brillait par son absence. Il y a une recherche de la limite, limite qui n'a pas été fixé dans l'enfance. La prison est un substitut au père au même titre que l'Armée. La drogue et l'alcool à la mère La recherche du père...

 

 

 


Dans certaines régions, c'est le nom lui-même qui disparaît au profit du prénom. «La Marie», «la Paulette» se rencontrent souvent dans les campagnes pour appeler telle ou telle personne. Une appellation peut être perçue différemment suivant qui l'emploie. Dans les «villes» apposer le «la» ou «le» devant un prénom est péjoratif puisqu'il est une déclinaison de son utilisation première. En revanche, même si l'expression se perd de plus en plus, en campagne surtout le «la» est utilisée, pour les femmes d'un certain âge, mère en général et ayant une assise dans le village. Le nombre d'habitant le permettant et tout le monde se connaissant, on défamiliarise la nomination par le prénom en lui rajoutant un article. Un substitut en quelque sorte du «Mme» ou «Monsieur».